16.07.2009

CRISE

 

Il n’est pas certain que sans l’expérience d’une crise, nous pourrions désirer le meilleur, ce qui est sûr par contre c’est que nous ayons besoin pour la comprendre d’une vision d’ensemble qui soit limpide et ramifiée.

1) Au niveau le plus global, il y a tout d’abord celle de la crise écologique majeure qui sévit aujourd’hui sur la planète et affecte l’ensemble de la biosphère

   L’ère industrielle a donné naissance au modèle de vie occidental qui devenu de fait le standard adopté sur la planète. Nous avons depuis des décennies convié toute l’humanité à se joindre à notre célébration des fastes de la consommation et la propagande a si bien fonctionné que les peuples de la Terre ne doutent pas une seconde que la meilleure manière de vivre est celle de l’occidental. Mais il faudrait très bientôt trois ou quatre planètes pour satisfaire tout le monde et y parvenir.

) En 2007-2008 nous avons vu apparaître dans 35 pays des émeutes de la faim et nous avons alors commencé à comprendre l’ampleur de la crise alimentaire de part le monde. Du krach alimentaire ont dit les experts. Le prix des denrées alimentaires de base a connu une forte hausse sur les marchés internationaux car il est inscrit non pas dans le domaine de l’économie locale, mais dans la mondialisation financière. Entre février 2007 et février 2008, le prix du blé doublait. Le riz atteignant son niveau le plus élevé depuis dix ans. Le soja voyait son prix monter à son plus haut niveau depuis 34 ans. Le maïs augmentait fortement. Dans certains pays le lait et le pain ont plus que doublé. Le phénomène a débuté en 2005 quand la consommation des produits agricoles de base a dépassé sa production à l’échelle mondiale et que les stocks alimentaires se sont mis à baisser. Des sècheresses massives dans plusieurs pays ont divisé les récoltes par deux. Depuis 1990 les agronomes constatent avec effarement que les rendements des cultures stagnent ou se mettent à baisser. Les pays émergents, tels que la Chine ont changé leurs habitudes alimentaires et sont maintenant attirés par la consommation de viandes et de laitages. Or ces changements supposent une surexploitation des sols, sachant que par exemple, pour 1kg de poulet, il faut 4 kg de protéines et de céréales végétales. La consommation de viande détourne les zones cultivées des aliments de base traditionnels au profit de l’élevage. Mais dans le même temps, les pays émergents construisent beaucoup, ils éliminent fortement les terres arables. La Chine a perdu entre 2005 et 2008 1 million d’ha de terre. Les pays émergents doivent donc importer encore plus ou même louer des terres en dehors de leur territoire pour subvenir aux besoins de leurs populations.

Un être humain meurt de faim toutes les 4 secondes, ce qui fait 25000 chaque jour, plus d’un milliard d’êtres humains vivent dans la famine

3) Enfin, en poursuivant avec avidité une consommation immédiate, sans prendre en compte les conséquences de nos actes dans l’unité de la Nature, nous avons répliqué sur le plan économique le même type de comportement qui nous a conduit au désastre écologique en cours. La crise écologique montre que l’humanité vit très au-dessus de ses moyens terrestres. Le krach écologique est en vue. La crise économique montre de manière symétrique que l’humanité vit au-dessus de ses moyens financiers et le krach économique lui est déjà là. La crise économique explose au moment même où le paradigme de la croissance infinie est remis en cause par la réalité de la finitude des ressources de la Terre. Est-ce un hasard ?

 

Quand la crise devient un phénomène global, il n’y a plus d’évasion possible dans l’idéologie. La nécessité pressante, c’est de changer maintenant. La question à l’ordre du jour n’est plus seulement de rétablir l’ordre, c’est d’en changer.

nous sommes dans un situation historique dans laquelle, l’implication directe de la crise est la disparition de l’humanité en tant que telle

Jamais nous n’avons connu une époque comme celle-ci dans laquelle autant de processus de destruction étaient engagés simultanément.

l’humanité est une et qu’il est parfaitement vain dans la crise actuelle de raisonner de manière fragmentaire comme nous l’avons fait trop longtemps, car c’est justement cette fragmentation qui nous aveugle

2) Pour comprendre cet avertissement, nous devons voir la crise actuelle dans toute son amplitude, nous devons comprendre en quoi elle est systémique. L’expression systémique renvoie à une totalité dans laquelle les différents éléments sont étroitement reliés les uns aux autres par des processus de rétroactions, de sorte qu’ils composent en un seul tout un système organisé.

Une société saine est une société qui en tant qu’organisme est prospère dans le sens de la vitalité de l’ensemble. Le bien général a alors le sens de la promotion de la vie.

Il faut donc considérer attentivement l’écologie de l’action humaine dans une causalité en boucle à l’intérieur d’un système global. Ce qui importe, ce n’est pas la visée d’un objectif limité et fragmentaire, mais l’incidence globale de l’action à l’intérieur de l’ensemble.

Dans la crise que nous traversons, ce qui fait problème ce n’est pas la diversité des civilisations, c’est la tentative constante de diviser l’humanité contre elle-même. Plus on nourrit les oppositions entre les civilisations, plus on ruine leur valeur, plus on épuise ce qui a pu constituer leur grandeur, plus on suscite une régression dans la barbarie. Dans l’état actuel des choses, s’agissant de l’opposition entre l’Occident et l’Islam, Amin Maalouf est très net. Il faut dire que :

« Ces vénérables civilisations ont atteint leurs limites; qu'elles n'apportent plus au monde que leurs crispations destructrices; qu'elles sont moralement en faillite, comme le sont d'ailleurs toutes les civilisations particulières qui divisent encore l'humanité; et que le moment est venu de les transcender. Soit nous saurons bâtir en ce siècle une civilisation commune à laquelle chacun puisse s'identifier, soudée par les mêmes valeurs universelles, guidée par une foi puissante en l'aventure humaine, et enrichie de toutes nos diversités culturelles; soit nous sombrons ensemble dans une commune barbarie".

Et ce n’est pas tout, il faut aussi y ajouter le nationalisme

dans une période de crise où les tensions montent sévèrement, dans laquelle la peur est constamment entretenue, il suffit de désigner un ennemi pour déchaîner la violence.

la  vraie tragédie des crises majeures de l’Histoire se déroule dans le théâtre de l’esprit humain. Elle a son origine dans un processus constant de division que nous ne cessons d’entretenir. Clivage entre l’homme et la Nature,entre les religions, entre les cultures, entre les nations, clivages politiques, clivage entre les intérêts économiques, entre les classes sociales, entre les générations, division entre groupes de pressions, divisions à l’intérieur des communautés, division entre l’homme et la femme, division au sein des familles, division au sein de l’homme lui-même entre la sphère privée et la sphère publique, entre moi et les autres, entre conscient et inconscient etc. Ces divisions générées par la pensée produisent d’elles-mêmes des dysfonctionnements qui, cumulés, génèrent un terrain de crise permanent.

Dans le processus des crises, c’est l’usage pernicieux que nous faisons de la pensée (texte) sous la forme de divisions constantes qui est en cause, car il sape toute perception globale et produit une vision fragmentaire du monde.

Sur cette question, quelques pistes dans Vivre dans un Monde en Crise de Krishnamurti

Dès que l’intérêt personnel domine, il y a un aveuglement à l’égard de ce qui servirait le bien commun : c’est mon intérêt (ou le nôtre) contre votre intérêt (ou le vôtre).

A la racine des problèmes que l’humanité doit aujourd’hui affronter, il y a un aveuglement psychique, une perception faussée, ce qui veut dire une perte complète de l’unité et du sens de la relation.

Si nous séparons les différents aspects de la crise actuelle, nous risquons de nous perdre en jetant dans toutes les directions les pièces du puzzle. L’image globale se recompose d’elle-même quand nous revenons de l’extérieur vers l’intérieur, pour chercher la racine des dégradations que nous observons. Le seul constat ne suffit pas. Il est accablant en tant que fait massif détaché de ses causes et séparé entièrement de la volonté humaine.

La tâche est immense. Le sursaut est possible. Maintenant. Il va exiger un dépassement de ce qui a constitué pendant des millénaire notre mode de comportement habituel. C’est précisément ce qui rend le défi exaltant, car c’est la première fois que l’humanité se trouve placé devant la nécessité d’un saut évolutif de grande envergure. Elle en a le potentiel et ce potentiel se révèle justement dans l’extrémité.

 

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