25.03.2009

Etoile

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Le ciel trop bleu,
fermé le jour,
s'ouvre cette nuit
sur les collines.

Il faut oublier les peines,
l'enfance gaspillée,
les yeux parfois ouverts
ou peut-être dormir...

Au fil des heures
éclot l'univers,
et l'horizon recule.

La noire clarté
laisse entendre
le tintement des galaxies
en amas chiffonnés.

Et de nos grands corps
trop solides,
les doigts gantés de givre
recueillent en silence,
une évidence!

On reviendra l'année prochaine
écouter dans l'ombre
ces drôles de contes
à veiller debout.

18.03.2009

L'éveil de l'ouie

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Le toucher, le goût et l’odorat restent assez négligés chez l’être humain. Parler d’une relative infirmité humaine à ce niveau n’est pas exagéré. Le mode de vie à l’occidentale nous porte aussi à surintellectualiser nos sensations, ce qui les stérilise. L’art de vivre présent dans bien des cultures traditionnelles témoigne souvent d’un raffinement des sens dit « non esthétiques ».  Est-il possible d’éveiller nos cinq sens ?

Le simple son, comme musique ou comme bruit naturel, a plutôt tendance à réduire notre activité mentale. La sensibilité et la sensualité de l’ouïe résident dans cette vibration antérieure à la pensée conceptuelle. Nous savons bien que notre esprit n’est pas du tout sur le même registre quand il chevauche des pensées ou quand il est dans l’écoute. L’écoute est plus sensible et elle défait l’identification, la pensée est plus intellectuelle et elle implique souvent une forte identification. La compulsion continuelle nous porte à moudre des pensées pour juger,  coller sur les objets des étiquettes mentales, à projeter des concepts. Il existe une puissance immanente du son, qui condense sa valeur vibratoire d’énergie et d’intelligence, elle parcourt toute une gamme de sonorités ; et il existe de la même manière des degrés, une ouïe grossière qui n’est interpellée que par le bruit sous une forme agressive et une ouïe subtile ouverte à des niveaux très fins du son, jusqu’à écouter dans les espaces, de silence entre les pensées. Affiner l’ouïe c’est découvrir que l’univers tout entier est murmure et vibration. C’est aussi découvrir la profondeur du silence de l’esprit. En effet, un esprit qui n’est pas intérieurement silencieux ne peut pas écouter. Il n’entend que son propre bruit. Il ne peut se mettre aux aguets et pressentir un mouvement, une respiration et les milles petits bourdonnements de la Nature. Il ne peut pas écouter une voix dans ses tremblements et recueillir ce qu’elle ne peut confier à la parole. Il ne peut pas non plus être attentif à l’activité de son esprit et encore moins être conscient des Idées. Bergson disait que chez l’artiste la Nature a oublié d’attacher un des sens aux préoccupation pratiques, de sorte que l’artiste conserve un rapport virginal à ce qui est. En fait cette soi-disant « préoccupation pratique » n’est rien d’autre pour la plupart des hommes qu’une activité mentale compulsive. C’est elle qui crée ce voile dont parle Bergson, le voile tissé entre nous et la réalité,

Par conséquent, il est facilement piégé par ses propres pensées, Écouter, c’est ouvrir un espace à ce qui est et le laisser vacant. Écouter, c’est autoriser l’entrée en scène de ce qui advient, sans faire barrage, sans vouloir par avance contrôler, sans chercher à fuir ce qui est. C’est-à-dire sans être obnubilé par ce que nous sommes en train de dire ou de penser. L’écoute fait de l’observation une méditation vivante en donnant à la conscience une profondeur qu’elle n’aurait pas sans cela. L’écoute permet qu’affleure en permanence la Conscience qui est en toile de fond de toute expérience.

Un musicien est d’abord un être sensible à l’univers des sons, plus sensible que la plupart du commun des mortels. Dans le royaume de l’ouïe, il a conservé un certain degré de présence. Dans les autres il peut être aussi insensible que la plupart des hommes. Mais a conservé un degré de liberté, car il sait écouter. Ce qui n’implique aucun effort intellectuel de sa part, mais une simple ouverture. C’est pour cette raison qu’un musicien est le premier à savoir apprécier les qualités esthétiques d’une œuvre musicale. Ce n’est pas parce qu’il aurait emmagasiné tout un tas de concepts dans son esprit qui lui permettraient de juger, de classer, de définir. Non, il peut dé-couvrir par lui-même ce qui est présent dans la richesse harmonique de la musique, car il garde ouvert le domaine de l’expérience du son. Dans notre monde envahi par des nuisances  sonores, le sens de l’ouïe peut rester infirme, la capacité réelle d’écouter est constamment inhibée.

L’éveil de la conscience doit rendre à la parole sa dimension inspirée, c’est-à-dire sa puissance créatrice.