27.09.2008

Personnes endeuillés par suicide

 

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Propos sur le deuil après suicide

Compte rendu en partie de la conférence du Dr J.J. Chavagnat Psychiâtre par Joel Kerdraon

 

Citation: (Victor Hugo - 1856)

Les contemplations, livre IV

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère ;
Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c'était un esprit avant d'être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh ! que de soirs d'hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J'appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu'elle est morte ! Hélas ! que Dieu m'assiste !
Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j'avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.


On peut compter quarante mille personnes et plus endeuillées par suicide chaque année, c'est dire que le nombre de blessures mentales est impressionnant.


PERDRE un être cher est une épreuve tellement atroce que les mots sont inutiles et impuissants.

Comment continuer son chemin après la perte de notre enfant? Pas évident. Probablement pas du jour au lendemain, ni sans effort, mais tout de même réalisable.


Vivre son deuil et peut-être arriver à grandir à travers lui, n'est pas chose facile.

 

  • La perte de personnes chères affecte beaucoup de gens, dont certaines souffrent en silence... Le milieu médical parle de blessure morale.Ces blessures douloureuses s'accompagnent de réactions dépressives tout à fait normales. Et si la personne reprend ses étapes sociales, se réinvestit et réaménage sa vie affective elle reste endeuillée.À la suite de la mort de votre enfant, vos plans d'avenir, vos espoirs, vos rêves et votre vie sont bouleversés

  •  

  • Personne, y compris votre conjoint ne pourra se mettre à votre place car votre douleur est unique.

 

  • Dans cette impression de vivre un rêve, d'être comme anésthésié vous souhaitez sans doute vous réveiller pour constater que rien n'est réel, que tout va continuer comme avant. Vous êtes peut-être dans le déni et c'est bien naturel car ce sentiment permet de vous isoler de la réalité de la mort jusqu'à ce que vous soyez assez fort pour entendre la vérité que vous ne voulez pas croire.

Cette vérité qui vous dit que si vous êtes plus âgé, si vous ayez protégé votre enfant, vous lui avez survécu. C'est une réalité impossible à comprendre et révoltante!

 

Attendez-vous à ressentir une multitude d'émotions.Aussi bizarres qu'elles puissent vous paraître, elles sont normales et saines.

Vous pouvez ressentir soudainement une vague de chagrin inattendue" . N'oubliez pas

que les enfants survivants sont aussi affectés par la perte d'un frère, d'une sœur.


Les étapes du deuil par suicide a fortiori de son enfant, sont différentes des étapes citées dans les théories modernes sur l'attachement. (voir précédent article)

Il peut arriver que ces personnes se bloquent dans la phase de protestation, caractéristique des plus grandes difficultés sur le chemin de deuil.

Le déni, l'engourdissement, la révolte, le besoin d'explication, la recherche d'un coupable accompagnent la permanence de la perte et la culpabilité. Ces sentiments confus et puissants peuvent préparer le terrain d'un état dépressif grave.


Des manifestations affectives possibles(tristesse, colère, impulsivité, impuissance, peur, désespoir, abandon, solitude, anxiété)

Des manfestations comportementales possibles( crises, cauchemars, peur irrationnelles du noir, de la solitude, d'une mauvaise nouvelle, irritabilité, impulsivité)

Des manifestations physiologiques possibles (fatigue, difficulté respiratoires, maux de tête, variations d'appétit, stress)

Des manifestations cognitives possibles ( confusion, hallucinations, difficultés à se concentrer, pensées obsédantes du défunt, bouleversement du narcissisme de l'endeuillé et perte de l'illusion de l'immortalité)

Colère

TROIS ANS APRES

(Victor Hugo - 1802, 1885 - Ecrit en novembre 1846)

Il est temps que je me repose ;
Je suis terrassé par le sort.
Ne me parlez pas d'autre chose
Que des ténèbres où l'on dort !

Que veut-on que je recommence ?
Je ne demande désormais
A la création immense
Qu'un peu de silence et de paix !

Pourquoi m'appelez-vous encore ?
J'ai fait ma tâche et mon devoir.
Qui travaillait avant l'aurore,
Peut s'en aller avant le soir.

A vingt ans, deuil et solitude!
Mes yeux, baissés vers le gazon,
Perdirent la douce habitude

De voir ma mère à la maison.

Elle nous quitta pour la tombe ;
Et vous savez bien qu'aujourd'hui
Je cherche, en cette nuit qui tombe,
Un autre ange qui s'est enfui !

Vous savez que je désespère,
Que ma force en vain se défend,
Et que je souffre comme père,
Moi qui souffris tant comme enfant !

Mon oeuvre n'est pas terminée,
Dites-vous. Comme Adam banni,
Je regarde ma destinée,
Et je vois bien que j'ai fini.

L'humble enfant que Dieu m'a ravie
Rien qu'en m'aimant savait m'aider ;
C'était le bonheur de ma vie
De voir ses yeux me regarder.

Si ce Dieu n'a pas voulu clore
L'oeuvre qu'il me fit commencer,
S'il veut que je travaille encore,
Il n'avait qu'à me la laisser !


Il n'avait qu'à me laisser vivre
Avec ma fille à mes côtés,
Dans cette extase où je m'enivre
De mystérieuses clartés !

Ces clartés, jour d'une autre sphère,

O Dieu jaloux, tu nous les vends !
Pourquoi m'as-tu pris la lumière
Que j'avais parmi les vivants ?

As-tu donc pensé, fatal maître,
Qu'à force de te contempler,
Je ne voyais plus ce doux être,
Et qu'il pouvait bien s'en aller !

T'es-tu dit que l'homme, vaine ombre,
Hélas! perd son humanité
A trop voir cette splendeur sombre
Qu'on appelle la vérité ?

Qu'on peut le frapper sans qu'il souffre,
Que son coeur est mort dans l'ennui,
Et qu'à force de voir le gouffre,
Il n'a plus qu'un abîme en lui ?

...

La colère peut être dirigée vers un tiers, l'institution qui abritait le défunt, vers soi-même (auto- accusation) aussi vers le disparu.

Le difficile regard des autres, souvent la honte peuvent conduire au rejet des autres et donc au sentiment d'abandon.

Avoir simplement du plaisir est source de culpabilité.

Avec les '' pourquoi incessants'' imaginer ce qui s'est passé n'est pas moins difficile que d'avoir trouvé le défunt. '' Est ce qu'il ou elle a souffert? ''


Il faut supporter les questionnements de la police qui fait son travail. Celui de la médecine légale.

On se réfugie dans le déni, c'est possible... parce qu'impossible à comprendre. Les pas, l'odeur, la présence du défunt sont perçus... manifestations tout à fait normales. On ne change pas les habitudes, le défunt a son couvert, sa chemise préparée...

Le rôle du psychiâtre ou du psychlogue devient important s'il soignait le suicidé. Il lui faut rencontrer la famille, travailler la culpabilité et constater de vive voix les témoignages.C'est à dire authentifier le traumatisme, le reconnaître pour aider à reprendre le chemin et bien sûr se recentrer sur l'histoire de l'endeuillé, pour l'aider à quitter l'état de victime, le valoriser et lui éviter ainsi de s'auto-punir afin de réinvestir sa vie reprendre conscience et constater que la personne a encore beaucoup d'amour en elle.

Les proches, les amis pourront peut être aider à laisser venir le chagrin et le désarroi cpour laisser parler sans conseils maladroits ( tourne la page, ça fait longtemps...) et être disponible pour les petites choses de la vie courante. Parler de la part de mystère du défunt, ce qu'on ne connaissait pas et qui fait mal! Se laisser prononcer le nom du défunt, son histoire est toujours présente...


Dans ce monde de l'instantané, les gens autour vont trop vite et cause beaucoup de souffrance. Plus le temps de pleurer, d'exprimer sa peine, de prendre le temps. Vous aimeriez que quelqu'un s'arrête pour vous aider à sortir rapidement de votre malaise intérieur. Le processus de la guérison de cet état émotionnel doit suivre son cours. Il est parfois long ce chemin. Le temps est précieux, donnez-vous ce temps nécessaire.

Le sens des valeurs change presque toujours suite à une expérience aussi douloureuse et intense.

Certains survivants arrivent à reprendre goût à la vie en mettant en valeur le défunt.( fondation au nom de l'être aimé et perdu, d'autres se battent pour une cause qui lui tenait à cœur, écrivent un livre en sa mémoire, etc..? Y a-t-il plus bel hommage que d'améliorer sa vie grâce à ce que la personne décédée nous lègue comme héritage spirituel, émotionnel?

Voici donc quelques pistes intéressantes pour rendre hommage à la personne qui nous a quitté :

Faire "le bilan des qualités de la personne disparue" Ces qualités dit-il, si on les cherchait dans l'autre, c'est que nous les possédions en nous-mêmes également. Maintenant, elles nous appartiennent, elles sont notre héritage:

Une certaine douceur

Une façon de s'affirmer

Une manière de prendre soin de soi

Le départ de la personne chère renferme-t- elle la possibilité :

De mieux nous connaître?

De mieux saisir la souffrance des autre?

De se savoir moins parfaits?

De permettre aux autres d'être moins parfaits?

De découvrir les sentiers de la guérison. ?

Il est tout aussi important de se pardonner, de se pardonner simplement d'être humain! Se pardonner de quoi?

D’être fragile, d’avoir honte de ma douleur, de m’accuser dans mon malheur,  d’avoir ruminé des accusations blessantes à mon égard, de n’avoir pas été capable de tout prévoir,de me haïr sans compassion... c'est une étape sur le chemin ...



PRIERE AMERINDIENNE(Auteur inconnu)


Quand je ne serai plus là, lâchez-moi !
Laissez-moi partir
Car j'ai tellement de choses à faire et à voir !
Ne pleurez pas en pensant à moi !
Soyez reconnaissants pour les belles années
Pendant lesquelles je vous ai donné mon amour !
Vous ne pouvez que deviner
Le bonheur que vous m'avez apporté !
Je vous remercie pour l'amour que chacun m'a démontré !
Maintenant, il est temps pour moi de voyager seul.
Pendant un court moment vous pouvez avoir de la peine.
La confiance vous apportera réconfort et consolation.
Nous ne serons séparés que pour quelques temps !

Laissez les souvenirs apaiser votre douleur ! Je ne suis pas loin et la vie continue !

Si vous en avez besoin, appelez-moi et je viendrai !
Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là,
Et si vous écoutez votre coeur, vous sentirez clairement
La douceur de l'amour que j'apporterai !
Quand il sera temps pour vous de partir,
Je serai là pour vous accueillir,
Absent de mon corps, présent avec Dieu !
N'allez pas sur ma tombe pour pleurer !
Je ne suis pas là, je ne dors pas !
Je suis les mille vents qui soufflent,
Je suis le scintillement des cristaux de neige,
Je suis la lumière qui traverse les champs de blé,
Je suis la douce pluie d'automne,
Je suis l'éveil des oiseaux dans le calme du matin,
Je suis l'étoile qui brille dans la nuit !
N'allez pas sur ma tombe pour pleurer
Je ne suis pas là, je ne suis pas mort.


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