20.03.2008

Le petit aigle et autres contes

Le petit aigle

"Il était une fois un jeune guerrier, qui prit un oeuf dans le nid d'un aigle et le mit à couver dans la basse-cour. Quand l'oeuf vint à éclore, le petit aigle sortit et grandit parmi les poussins, picorant sa nourriture comme ses compagnons. Un jour, regardant en l'air, il vit un aigle qui planait au-dessus de lui. Il sentait ses ailes frémir et dit à un des poulets :

- "Comme j'aimerais en faire autant !"

- "Ne sois pas idiot", répondit le poulet, "seul un aigle peut voler aussi haut ".

Honteux de son désir, le petit aigle retourna gratter la poussière et il ne remit plus jamais en cause la place qu'il croyait avoir reçue sur cette terre..." (conte indien)


Le cobra

Par une belle journèe de printemps, un moine longeait une rivière. Soudain, il entendit un coassement énorme, provenant d'une gerbe de roseaux. Il s'approcha et vit q'un crapaud était à l'origine de ce vacarme. Il était pris dans les mâchoires d'un serpent mais ce dernier, ayant sous-estimé la taille de sa proie, n'arrivait pas à l'avaler. Le crapaud était bloqué. Le serpent ne pouvait ni le rejeter ni l'ingurgiter. Le lendemain et le surlendemain, le crapaud coassait toujours. Il fallut trois jours au serpent pour faire taire sa proie.
" Si cela avait été un cobra, pensa le moine, il aurait mordu le crapaud tout de suite et celui-ci serait mort sur le champ. "




La corde d'argent

Un clair matin, Bouddha se promenait dans les cieux, aux bords du lac de la Fleur de lotus, et il rêvait sous la tiède caresse du soleil. Comme il se penchait sur l'eau du lac, il aperçut dans les profondeurs bouillonnantes de Naraka (l'enfer) un homme qui se débattait furieusement et semblait appeler à l'aide. Aussitôt Bouddha le reconnut. C'était un homme du nom de Kantuka, un voleur, un débauché, un abominable assassin qu'il avait rencontré pendant son passage terrestre. Bouddha est l'infinie compassion. Il se souvint qu'une fois dans sa vie, ce Kantuka avait manifesté un peu de bonté. Une grosse araignée s'était posée sur sa sandale ; au lieu de l'écraser, il l'avait épargnée et passé son chemin. Je vais lui porter secours, songea Bouddha, pour ce geste de compassion. Qui sait, il reste peut-être une lueur de générosité chez ce malheureux. Il prit alors un fil d'araignée, le fit descendre dans le lac en direction de Kantuka. Le fil se transforma en corde d'argent et le bandit l'agrippa solidement. Il commença à monter. L'ascension était rude. Kantuka y employait toutes ses forces. Il s'acharnait des mains, des genoux, des pieds, suant et soufflant. Bientôt il aperçut un coin de ciel bleu au-dessus de sa tête. Il redoublait d'efforts, quand il jeta un coup d'oeil vers les bas-fonds. Horreur ! Une dizaine de ses anciens compagnons saisissaient la corde d'argent et s'efforçaient de grimper à leur tour. Cette corde risque de ne pas être assez solide pour nous soutenir tous, se dit Kantuka. Il se souvint alors qu'il avait gardé dans une poche secrète son couteau d'assassin. « Je vais trancher cette corde, songea-t-il, et me débarrasser d'eux. » À peine avait-il formulé sa pensée que la corde d'argent se rompit au-dessus de lui, et il retomba pour toujours dans les Enfers.


La légende de l'été indien

"Mudjekewis avait 9 frères et ensemble ils vainquirent l'ours géant,aussi reçurent t-ils en présent la ceinture sacrée qui contient de quoi vivre heureux sa vie durant. Le mérite de cet exploit, chacun le sait revenait à Mudjekewis, le plus jeune des 10 garçons et ce fut a lui qu'échut le pouvoir de gouverner les vents d'Ouest. On l'appela dès lors Kabeyun, père des airs, et il entreprit de distribuer une part de sa puissance a chacun de ses fils. A Wabun, il donna l'Est. A Shawondasee, le Sud. A Kabiboonoka, le Nord. Seul Nanabozho n'eut rien de cet héritage, car sa naissance avait été illegitime. C'est pourquoi plus tard blessé de cette injustice, il partit en guerre contre son père, jusqu'à ce que celui-ci accèdant sa requête, consente à lui céder une part de la souveraineté de Kabiboonoka en lui abandonnant le privilège de règner sur les vents du Nord-Ouest.

Shawondasee, maître du Sud révèla très jeune son indolence. C'était, bien avant l'âge, un veillard poussif, peu enclin à voyager, les yeux mi-clos, toujours fixes, droit devant lui, souvent il souriait lorsque venait l'automne dispensant généreusement cet air doux qui gagne alors tout le nord du pays. Mais un jour, il aperçut au loin ,courant gracieusement à travers les plaines du nord, une jeune fille aux cheveux d'or. Elle était très belle et il en tomba aussitôt amoureux. Ses boucles surtout, blondes comme le blé, avaient conquis son coeur. Cependant sa paresse naturelle l'emporta sur sa passion et à l'aube du matin, il la surprit enveloppée d'une nuée blanche comme neige.

Il en conçut aussitôt une vive jalousie, persuadé que son frère, Kakiboonoka s'était mis en tête de la lui ravir en lui offrant l'une de ces écharpes immaculées dont les vents du Nord ont coutume de se parer aux approches de l'hiver. Pour briser le sortilège de son rival, Shawondasee, haletant, souffla comme il put et le ciel fut envahi de fils d'argent. Mais lorsque ceux-ci se dissipèrent, la belle avait disparu et avec elle les 100 graines finement ailées qui couronnent les fleurs du pissenlit de la prairie.

Il est un âge pour tout, dit le sage et Shawondasee avait eut le tort de se croire assez jeune pour être aimé de la fille aux cheveux d'or. En la poursuivant de ses soupirs alanguis, il n'avait fait que précipiter sa fuite. Depuis, croyant chaque automne revoir l'objet de sa flamme courir dans les prés comme au premier jour, le vieillard continue de haleter doucement au souvenir d'un bonheur inaccessible, gratifiant les terres du Nord, à la veille de l'hiver, de cette saison à nulle part pareille et que les hommes blancs appellent l'été indien."





"Un vieux matou, mathématicien émérite mais fort distrait et incroyablement paresseux, somnolait à l'entrée d'un temple. De temps à autres, il entrouvrait un oeil pour compter les mouches du voisinage et replongeait presque aussitôt dans sa douce léthargie.
Shiva vint à passer par là. Émerveillé par la grâce naturelle, toute féline, que l'animal avait conservée, malgré un embonpoint considérable dû à son oisiveté, le Seigneur des Monde lui demanda: "Qui es-tu et que sais-tu faire?"

L'autre, sans même entrebailler les paupières, marmonna:

-Je suis un vieux chat très savant, et je sais parfaitement compter.
-Magnifique! Et jusqu'où peux-tu compter?
-Mais voyons, je peux compter jusqu'à l'infini!
-Dans ce cas, fais-moi plaisir. Compte pour moi, l'ami, compte...

Le chat s'étira, bailla profondément, puis, avec une petite moue de dédain amusée, se mit à réciter:
-Un...deux...trois...quatre...

Chaque chiffre était prononcé d'une voix plus murmurante et vague. A sept, le chat était à moitié endormi. A neuf, il ronflait carrément, abîmé dans un sommeil béat.

"Puisque tu sais seulement compter jusqu'à neuf", décréta le grand Shiva, Souverain des Sphères, "je t'accorde neuf vies".

C'est ainsi que les chats disposèrent de neuf existences.

Mais Shiva, qui était aussi un subtil philosophe, médita longuement. Le matou lui avait assuré qu'il pouvait compter jusqu'à l'infini. Certes, il s'était arrêté au chiffre neuf, puis s'était endormi. Or, le sommeil, sans nom, sans forme, sans pensée, n'est-il pas une fidèle préfiguration de l'infini?




Alors Shiva compléta son décret: Au bout de ses neuf vies, le chat accéderait directement à la félicité Suprême."

Ecrire un commentaire