29.02.2008
Mandala remanié
Le Mandala, source de transformation psychologique :
Jung s’en est servi comme source de guérison et les a utilisés dans sa pratique professionnelle en psychanalyse. Si, depuis cette époque, les mandalas réalisés par les moines bouddhistes fascinent de plus en plus aujourd’hui le monde occidental par la beauté, la minutie des dessins , ils restent un grand mystère quant à leur utilité.
UNE ŒUVRE SUBTILE ET COMPLETE
Le mandala n’est pas un objet d’art. Il est souvent éphémère
C’est une représentation symbolique des énergies et
du fonctionnement de l’univers en interaction avec notre fonctionnement psychique.
En Inde ou au Tibet par exemple, il est considéré comme une discipline majeure et sert de
1support à la méditation, à la connaissance de soi, au développement spirituel et à la ‘relation’.
Le « mandala de l’univers » pour les bouddhistes renvoie à la totalité du cosmos, avec le mont Meru en son centre, entouré des divers continents, des planètes, etc., qui font partie de l’univers.
Mandala, terme sanskrit, signifie
2« cercle, disque avec une idée d’achèvement ».« mandala du soleil et de la lune », ces expressions font simplement allusion à leur forme circulaire.
Si nous prenons le mot tibétain équivalent, dKil-khor, nous rajoutons en plus
3la notion de centre et de circonférence/périphérie avec une idée de complétude et d’interdépendance entre le centre et la périphérie. Le système solaire est donc un mandala tout comme le corps humain ou le fonctionnement de l’esprit et du psychisme. Le mot mandala représente aussi un lieu de résidence divin, un champ parfait des déités éveillées qui l’habitent. La déité principale se trouve au centre du mandala, entourée ou non par un cortège d’autres déités. Chaque aspect de la résidence divine et des déités résidentes est hautement symbolique, il est conçu pour développer en nous les qualités éveillées
On parle également du « mandala des éléments », par référence aux formes symboliques des cinq éléments (espace, air, eau, terre et feu) sur lesquels repose l’univers.Les 5 éléments sont le dénominateur commun et naturel de toutes les époques et traditions. Ces 5 éléments assurent dans la pratique des mandalas, cette triple action de nous relier à nous-mêmes, à l’environnement et aux autres.
Le but du mandala est de nous guider vers l’unité de nous-mêmes.
Les mandala sont des objets de méditation qui ont un but précis :
1 Qu’il soit réalisé en 2 ou 3 dimensions sur un support matériel, qu’il soit extérieur, intérieur ou secret, sa fonction est la même : nous aider à dépasser la dualité, la souffrance, nous rappeler à chaque instant que tout est impermanent, interdépendant, composé, transitoire et surtout nous relier au centre de nous-mêmes, source d’équilibre et de guérison.
2 transformer notre perception ordinaire du monde en une perception pure présente dans tous les phénomènes.Quand un objet perçu par l’une des facultés sensorielles est conçu par l’esprit comme plaisant ou déplaisant, cette conception erronée est créée sous l’effet de la saisie. La fonction des consciences sensorielles est simplement de percevoir les objets qui leur correspondent – formes visuelles, sons, odeurs etc. – sans rien ajouter. Mais ensuite l’esprit élabore, à partir de ces perceptions, des pensées telles que « Cela est beau … Cela est laid … cela pourrait me nuire, cela me sera agréable… » . Beau et laid sont de simples projections de l’esprit. La capacité de causer du bonheur ou de la souffrance n’est pas une propriété de l’objet extérieur lui-même – ainsi par exemple, la vue du même homme par deux personnes peut rendre l’un heureux et l’autre malheureux. C’est l’esprit qui attribue telle ou telle qualité à l’objet perçu.
C’est afin de devenir libre de la saisie que l’on s’entraîne à reconnaître toutes les apparences comme un mandala .
Dans son livre « la théorie et la pratique du mandala » (Editions Fayard) Tucci, définit le mandala comme : « Une carte du cosmos représentant l’univers en totalité en ce qui concerne ses structures essentielles,en tant que processus d’émanation et de réabsorption. Cependant, le mandala n’est pas seulement un cosmogramme, mais en même temps un psycho-cosmogramme (….). Ainsi l’utilisation du mandala permet de retrouver l’unité d’une conscience non divisée et
de restaurer en soi-même le principe idéal des choses ».
Mais Jung ouvre la pratique des mandalas dans l’utilisation thérapeutique :
« Des dessins/mandalas peuvent avoir sur leurs auteurs des actions thérapeutiques importantes
le fait a été constaté empiriquement et il est pareillement facile à comprendre, ces dessins constituant des tentatives souvent très audacieuses pour embrasser du regard et
rassembler des éléments contraires apparemment inconciliables et des divisions apparemment insurmontables. Un simple effet dans la direction indiquée produit déjà un effet salutaire, mais il est vrai seulement dans le cas où cet essai est spontané »
(Psychologie et Orientalisme, P 106 et 107, Albin Michel).
La méditation sur un mandala se concentre sur le processus de la visualisation. On se voit soi-même comme soit la déité principale qui n’est pas considérée comme un « dieu » ou une entité séparée dans les pratiques bouddhistes, soit comme représentation de son propre mental dans une perspective occidentale . Le monde extérieur est vu comme un champ d'expérience. Le monde intérieur comme projeté sur le mandala.
Dans un travail de thérapie, nous pouvons, tout en conservant l’essence des mandalas, travailler à un niveau psychologique par le simple fait du geste spontané exprimé dans un dessin
en utilisant les 5 éléments (le geste spontané traduisant le ressenti profond, non court-circuité par l’aspect du mental conceptuel).
Comment s’acquiert le geste spontané ?
1Il s’acquiert par des pratiques de méditations préparatoires de détente physique/mentale et de sensations corporelles, et aussi par la répétition de ces méditations créant ainsi les conditions d’un véritable contact entre nos racines énergétiques profondes et nous-mêmes.
2 Puis nous incluons les 5 éléments qui deviennent le support et l’outil à l’intérieur de la méditation.
Ils s’utilisent dans la même pratique selon nos besoins du moment :
soit indépendamment, soit par 2, soit par 4 ou 5 de manière successive (en respectant l’ordre du plus grossier au plus subtil : terre, eau, feu, air).
- Si nous choisissons l’élément Eau, nous allons tendre vers plus d’harmonie aussi bien dans notre corps que dans notre vie et aussi vers plus de souplesse et d’adaptabilité dans les relations que nous établissons avec les autres. Nous sentons au niveau physique les liquides du corps comme le sang,
et nous restons dans la sensation de liquidité.
Nous pouvons aussi pratiquer à un niveau énergétique nous mettre en contact avec une énergie fondamentale de l’existence comme celle de se sentir relier et en harmonie dans tout notre corps en correspondance avec l’élément eau. Dans la pratique il est possible également d’associer des énergies lumineuses (l’eau correspondant à la couleur blanche) ainsi que l’énergie de la région des chakras (le centre du thorax correspondant à l’élément eau).
Nous procédons de la même façon avec les autres éléments et nous pouvons varier les pratiques, chacun d’entre eux étant associé à une fonction du corps (Terre : les os, les muscles/ Eau : liquide, humidité…), à une qualité énergétique (T : structure, E : harmonisation/relation…), à une couleur (T : jaune…), à un centre énergétique (T : région du chakra du nombril,….), à un son. Une fois la méditation sur le ou les éléments terminée, nous effectuons un dessin reflétant le plus spontanément possible le ressenti que nous avons de cette expérience.
La pratique mandala pour une utilisation occidentale et dans un but psychothérapeutique, précise de laisser s’exprimer ce ressenti en rentrant dedans, en essayant de ne pas contrôler,
planifier ou vouloir dire quelque chose. Nous pouvons, à la suite de cette première expérience, refaire un dessin immédiatement après, sur le même élément, en partant du ressenti du premier ou bien refaire une méditation et un dessin en évitant les traductions et interprétations mentales qui contrôleraient l’ensemble et empêcheraient tout travail de transformation énergétique. Jung a écrit à cet effet qu’« il ne faut rien attendre de la répétition artificielle
ou de l’imitation intentionnelle de telles images ».
3 Par une pratique progressive et régulière, une transformation de soi s’opère en douceur tout en apportant un équilibre au quotidien, une communication et un soutien intérieur. Les éléments, quant à eux, tout en nous permettant d’accéder à des états intérieurs plus clairs, unifiés et subtils, participent à la liaison entre le corps et l’esprit, entre la matière et l’énergie, et établissent un lien entre nous et autrui. Nous pouvons pratiquer seul ce qui demande beaucoup de rigueur dans notre méditation et de spontanéité dans les dessins sans chercher à les auto-interpréter/analyser ou bien être guidé par un thérapeute dans une interprétation basée sur l’ambiance, le mouvement, les formes, les couleurs, l’énergie du dessin « informel » en vue de refaire des pratiques et de nouveaux dessins.
* des émotions trop fortes et perturbantes que nous avons repérées dans notre vie,
nécessiteront l’accompagnement d’une aide extérieure et sûrement l’emploi d’autres méthodes.
4 Cette approche laïque et universelle ouvre des perspectives dans son utilisation. Dans notre société technologique depuis 50 ans, le mandala peut se comprendre, se pratiquer d’une façon simplifiée et nous servir de soutien au quotidien ….Une sorte de méditation autonome associant l’aspect du geste, de l’esthétique, de la création spontanée,tout en allant en profondeur si nous prenons bien soin de respecter les méditations préparatoires décrites ci-dessus. Une personne, par la pratique de mandalas réalisée individuellement, participe et s’insère dans un mandala plus grand. . Ce qui signifie qu’une pratique rigoureuse (individuelle ou accompagnée selon la nécessité) dirigée vers la transformation intérieure de nos émotions permet au même moment de constater, en plus d’un équilibre intérieur, une amélioration de et dans notre environnement.
Sans compter qu’une ouverture thérapeutique fantastique s’ouvre en direction des enfants et adolescents en difficulté.
(Exemple d'atelier )
Pour réfléchir: La perception n’est-elle que le reflet de la pensée ou bien est-elle davantage?
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