05.10.2007
L' ENFANT FACE A LA MORT
L’enfant face à la mort
Compte rendu de la conférence proposée par le Docteur Michel Hanus, psychiatre*
J. KERDRAON
Chose importante, l’enfant ne pense pas comme nous, adultes. Il est, en temps que centre du monde, responsable de ce qui l’entoure, d’où son sentiment de culpabilité quand arrivent des problèmes ou des drames dans la famille.
Il est aussi ambivalent, c’est à dire que dans ses pensée, la réalité cotoie sans peine l’irréalisme. « Papa est mort, on ne revient pas quand on est mort… (plus tard)…papa revient la semaine prochaine ! ».
De même, sa pensée peut être magique, ce qu’il pense va arriver…
Quant à l’école, on ne parle guère plus de la mort qu’en termes de biologie, le contenu émotionnel et culturel de la mort s’est évaporé…L’éducation civique l’aborde peu.
Les conceptions de la mort pour un enfant :
On ne meurt pas naturellement, il y a donc forcément un responsable.
Un mort va revenir, on attend son retour.
La mort est contagieuse.
A deux ans, la mort est une séparation, une séparation corporelle traduit par un manque de contact.
Vers 3 ans, la mort c’est l’immobilité : « Quand on est mort on ne peut plus bouger, ni manger, on ne respire plus… »
Vers 4 ans, l’enfant comprend que la mort est irréversible, mais il ne l’accepte pas…
« papa ne reviendra plus…. (Quelques instants plus tard)… Papa revient quand ? c’est long ! »
Vers 6 ans , il comprend que la mort est universelle, tout le monde meurt…
Vers 8 et 9 ans la mort fait partie de la vie…
Dans tous les cas de croyance, son attitude face au drame va se calquer sur l’attitude des proches et de la famille. Son entourage est donc très important.
Le choc du deuil, va chez cet enfant perturber son corps, car celui-ci fait son deuil beaucoup plus par le corps que l’adulte. Il pourra avoir des sentiments de révolte, d’ injustice, qui le mettront en grande colère.
Va-t-il l’exprimer ? C’est là que va se construire l’écoute .
Les enfants en deuil ont tendance à vouloir veiller sur le parent restant. ( car la mort est contagieuse !) Il voudra dormir près de lui. Il est bon de lui expliquer qu’un jour il retournera dans son lit. Chacun voit la durée en fonction de ses motivations, il faut en discuter avec l’enfant… c’est le cœur qui parle.
Après le choc de deuil, vient une période centrale qu’on peut qualifier de dépressive. Mais l’enfant, contrairement à l’adulte n’a pas la capacité de garder sa douleur constemment. Cette période est souvent celle de plus de prises de risque ( plus de plaies et de bosses !)
Il peut tomber malade. Ses capacités immunitaires diminuent à cause du stress de cette période dépressive.
Il faut savoir que sa subjectivité fait qu’il garde son parent dans l’imaginaire. Les enfants se construisent un adulte, un frère ou une sœur en imagination qui va veiller et communiquer avec eux.
Quant aux objets du disparu, il est bon que l ‘enfant, s’il y tient, ait un ou plusieurs objets à lui, qui symbolisent, la parenté, la succession, l’héritage du disparu. C’est un leg affectif important qui s’ajoute au leg culturel et génétique.
Vient ensuite le rétablissement. Même s’il est bien accompagné, l’enfant va garder de toute façon une partie de son chagrin. Ce chagrin récurrent pourra ressortir lors d’un futur deuil même quand il sera adulte .
A l’intérieur, la douleur :
Il existe, lors du deuil, une régression chez l’enfant. Quand la mort surprend, il peut s’identifier au disparu. (C’est aussi un moyen de transmission des caractéristiques familiales).
Le principe de la mort est inacceptable. L’enfant se pose la question : pourquoi nous ? Le mot même de « mort » est inaudible. Parler du défunt, c’est parler avec les vrais mots. L’enfant prend les mots pour argent comptant. Alors attention aux détours !!! (ton père est dans le ciel !)
C’est pourquoi tout l’accompagnement de son deuil par les mots, le dire, est important. Un temps de parole dans un groupe d’aide va le soutenir dans sa peine. De même que des moments d’écoute individuelle permettent de dire ce qu’on ne peut dire en groupe.
Le silence le fait souffrir, il lui faut des explications, sa participation au deuil est essentielle pour son avenir. Mais il ne s’agit pas de l’obliger par exemple de venir au cimetière, mais il est bon de lui proposer. A lui de décider.
Comme il éprouve souvent Un sentiment de culpabilité ( l’enfant se pense au centre du monde), c’est plus de souffrance, il faut penser à le déculpabiliser.
Parfois le deuil se complique, surtout si la relation avec le défunt était conflictuelle. Cela arrive parfois à l’adolescence d’autant plus que l’adolescent est pudique et ne veut pas causer plus de chagrin au parent restant.
Mais s’il refuse l’aide assez souvent moins les filles! , il faut l’encourager à en parler avec ses copains et quand il le voudra, il pourra trouver réconfort vers un groupe de soutien. Il est bon de lui rappeler, de lui dire qu’ il est libre mais que la porte du groupe de soutien est ouverte pour lui. Qu’il sache que le contact est gardé avec ce groupe par le parent vivant, cela lui apporte une sécurité, « on parle de lui, on parle de sa souffrance, il sait qu’il n’est pas seul ».
Parlez du défunt, à l’occasion pour que l’enfant mette une individualité sur son parent disparu.
Enfin, la souffrance est une question de temps, quand l’être cher vient se loger dans notre cœur, la douleur se dissipe. L’autre existe de nouveau ! On ne l’oublie pas, on ne le remplace pas, puisque sa présence grandit en nous !
*MIchel Hanus accompagne l’association Elizabeth Kübler-Ross, qui a objectif d’ aider, de former et d’informer toute personne concernée par des situations de rupture, de deuil ou de mort
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